De plus en plus d’études établissent un lien entre perte auditive et déclin cognitif. Moins bien entendre, c’est aussi fatiguer son cerveau, se replier sur soi, et perdre peu à peu ses repères. Heureusement, il existe une solution simple, accessible et souvent sous-estimée : l’appareillage auditif. Bien plus qu’un confort, c’est un véritable geste de prévention.
Qu’est-ce que le déclin cognitif ?
Le déclin cognitif correspond à la perte significative et évolutive des fonctions mentales comme le langage, la mémoire, la concentration ou la capacité à planifier… Il progresse plus vite quand la perte auditive n’est pas corrigée1.
En effet, lorsqu’on entend moins bien, notre cerveau doit redoubler d’efforts pour combler les blancs, déchiffrer les sons manquants, interpréter les paroles. Ce travail supplémentaire mobilise en permanence la mémoire de travail, l’attention, et la concentration. C’est ce qu’on appelle la « charge cognitive ».
Quelles sont les causes et les symptômes du déclin cognitif ?
La charge cognitive s’aggrave en environnement bruyant ou en situation de communication complexe (plusieurs interlocuteurs, voix peu familières…). Le cerveau, saturé, peine à suivre, et certains mots sont perdus, mal compris, ou interprétés à tort. Les conséquences directes :
- Le cerveau doit travailler plus pour comprendre ce qui est dit ;
- Il devient plus difficile de rester concentré et de suivre des conversations surtout en groupe ;
- Cela peut engendrer fatigue, isolement, et à long terme, altérer la mémoire, l’attention et l’humeur.
Avec le temps, les zones du cerveau habituellement stimulées par l’audition et le langage deviennent moins actives. Ce désengagement sensoriel et social accélère le déclin cognitif.
De nombreuses études ont mis en évidence le lien entre la perte auditive et le déclin cognitif. L’une des plus emblématiques, publiée dans The Lancet en 2020, classe la perte auditive non traitée comme le premier facteur de risque modifiable de démence. Elle serait responsable à elle seule de 8 % des cas de démence dans le monde1.
Quel est le rôle des aides auditives ?
En restaurant une bonne qualité d’écoute, les appareils auditifs permettent au cerveau de fonctionner plus sereinement. Il n’a plus besoin de compenser en permanence, ce qui réduit la charge cognitive.
En facilitant la compréhension des sons et des paroles, les aides auditives permettent de maintenir l’activité des zones cérébrales liées au langage, à la mémoire et à la prise de décision. Le cerveau reste sollicité, stimulé, actif. C’est un peu comme entretenir un muscle : plus on l’utilise, mieux il fonctionne.
Des recherches récentes ont montré que les personnes malentendantes appareillées à un stade précoce préservent mieux leurs fonctions cognitives que celles qui ne le sont pas.
Une étude de 2023, publiée dans JAMA Neurology, a ainsi observé une différence significative dans l’évolution des performances mnésiques et attentionnelles entre deux groupes de seniors, l’un appareillé et l’autre non2. Le message est clair : plus l’appareillage est précoce, plus l’effet protecteur sur le cerveau est important. Attendre, c’est laisser le cerveau désactiver certaines de ses connexions. Intervenir tôt, c’est entretenir ses circuits cognitifs.
CE QUE DIT LA SCIENCE
Un chiffre éloquent : la perte auditive modérée multiplie par 3 le risque de démence3.
Pourquoi ? En cas de sous-stimulation auditive, les zones du cerveau impliquées dans la compréhension du langage s’atrophient. Cette déconnexion favorise le déclin global des fonctions cognitives.
La bonne nouvelle ? L’appareillage auditif est l’un des rares facteurs de prévention modifiables. Il figure en tête des recommandations du Lancet pour limiter les risques de démence.
Pour éviter le déclin cognitif, entendez mieux !
L’audition ne se résume pas à une perception de sons. Elle est au cœur de nos émotions, de nos interactions, de notre rapport au monde. Lorsqu’on entend bien, on reste connecté à son environnement, à sa famille, à sa culture.
La perte auditive, à l’inverse, entraîne souvent un repli progressif : on évite les sorties bruyantes, on redoute les conversations en groupe, on n’ose plus intervenir. Ce retrait social est un facteur aggravant du déclin cognitif, mais aussi de la dépression.
En restaurant l’audition, l’appareillage auditif permet de retrouver la joie des échanges, le plaisir de la musique, l’envie de participer. Il rend confiance en soi, en sa mobilité, en sa capacité à interagir. On se sent plus jeune, plus actif, plus sûr de soi. Une enquête IFOP menée en 2022 pour l’association JNA (Journée Nationale de l’Audition), ainsi que les travaux de l’Observatoire BVA de l’audition (2021), montrent que les seniors appareillés sortent davantage, voyagent plus, et participent à davantage d’activités culturelles ou sociales que ceux qui ne le sont pas. Ils se déclarent aussi en meilleure santé mentale.
LES SIGNAUX D’ALERTE
- Vous faites souvent répéter vos interlocuteurs ?
- Vous entendez mais ne comprenez pas toujours ?
- Vous évitez certaines situations sociales bruyantes ?
- Vous trouvez les discussions en groupe fatigantes ?
Ces signes peuvent indiquer une perte auditive légère mais significative.
Les idées reçues de l’appareillage auditif
Malgré tous ces bénéfices, le port d’un appareil auditif reste encore entouré d’idées fausses. Voici quelques-unes des plus courantes :
- « Je ne suis pas assez vieux pour un appareil » La perte auditive commence parfois dès 45 ans. Attendre, c’est prendre le risque d’aggraver le phénomène.
- « Ça va me vieillir » Faux. La discrétion des nouveaux modèles et leur impact positif sur la qualité de vie font qu’un appareillage entretient le dynamisme et la vitalité. D’une certaine façon, les appareils auditifs aident à rester jeune.
- « Je ne m’y ferai jamais » C’est une réaction fréquente… mais rarement durable. L’accompagnement par un audioprothésiste est progressif, personnalisé, et facilite grandement l’adaptation. Et surtout, l’appareillage permet de préserver une vie sociale riche et épanouissante. Un gain précieux, à la hauteur de l’effort initial.
Appareiller, c’est prévenir. Pas seulement corriger. Les technologies ont fait des progrès spectaculaires. Aujourd’hui, les aides auditives sont discrètes, intelligentes, adaptées à tous les styles de vie. Elles se connectent aux smartphones, ajustent automatiquement les volumes, suppriment les bruits parasites et permettent une expérience naturelle.
Porter un appareil auditif n’est ni un renoncement ni un signe de vieillesse. C’est un geste de santé. En réduisant la fatigue cognitive, en stimulant le cerveau, en maintenant les liens avec les autres, l’appareillage auditif agit comme un véritable rempart contre le déclin. Un cerveau qui entend bien est un cerveau qui pense mieux, plus longtemps.
Sources :
1 – The Lancet, 2020
2- JAMA Neurol., 2023
3- Etude menée sur 12 ans par le Dr Frank Lin à l’université Johns Hopkins (JAMA Intern Med, 2013)



